Quelques jours après Djougou, c’est la commune de Bantè, au cœur du département des Collines, qui a vécu sa propre expérience citoyenne. Même initiative au milieu d’une autre réalité. L’ONG Filles en Actions y a posé ses valises dans le cadre du projet SAWARA, avec une ambition identique, celle de faire du théâtre un espace où les communautés se regardent en face, dialoguent et construisent ensemble. Le public rassemblé leaders communautaires, jeunes élèves et étudiantes, parents de famille, conductrices et conducteurs de taxi-moto, femmes engagées, acteurs de la société civile. Tous et toutes réunis autour d’une scène à ciel ouvert, pour un moment d’apprentissage.
Une mise en scène qui ne ménage pas les esprits
A l’image de Djougou, les actrices et acteurs ont mis en lumière des réalités que beaucoup dans le public vivent ou ont vécues. Désinformation, tensions sociales, violences politiques basées sur le genre, marginalisation des femmes dans les espaces de décision. Des sujets lourds, abordés avec une précision qui a provoqué un effet immédiat dans l’assemblée.
Ce que le théâtre réussit là où le discours échoue, c’est de rendre visible ce qui paraît normal. En observant de l’extérieur les mécanismes de propagation des fausses informations et leurs conséquences concrètes sur le tissu social, les participantes et participants ont pu mettre des mots, et surtout des images, sur des dynamiques qu’ils et elles côtoient au quotidien sans toujours les nommer.
Une scène ouverte à toutes et à tous
Fidèle à sa méthode, le théâtre-forum a rapidement transformé les spectateurs en acteurs. Invitées et invités à prendre la parole, à partager leurs expériences, à proposer des alternatives et même à monter sur scène, les participantes et participants ont fait de cette performance artistique un moment de co-construction rare. Toutes les prises de parole ont ajouté une brique. Chaque proposition a ouvert une piste. Ce qui avait commencé comme une représentation s’est mué en un espace de réflexions collectives, de recommandations concrètes et d’engagements personnels.
Les femmes et les jeunes filles volent la vedette
Les jeunes filles et les femmes ont été omniprésentes. Elles ont tenu la cérémonie, pris la parole avec pertinence, formulé des propositions solides, et investi la scène avec une assurance qui a surpris par sa force. Dans un contexte où leur participation aux espaces publics reste encore trop souvent limitée, cette visibilité-là démontre que lorsqu’on leur en donne l’occasion, les femmes et les jeunes filles sont non seulement capables de participer, mais de porter le dialogue, de prévenir les conflits et de faire avancer les choses. À Bantè, elles ont été au cœur du changement, et cela mérite d’être dit clairement.
Chants, danses et convivialité, la culture comme ciment
À Bantè, le théâtre-forum a aussi réservé une place aux expressions culturelles locales. Chants, danses et moments de convivialité ont ponctué la journée, rappelant que la cohésion sociale ne se décrète pas dans un discours, mais se vit, se célèbre et se transmet. Ces instants-là ont donné à l’activité une chaleur particulière, celle d’une communauté qui se retrouve autour de ce qui la rassemble, avant même de parler de ce qui la divise.
À Djougou comme à Bantè, le projet SAWARA trace une même ligne. Redonner la parole aux communautés, valoriser leur intelligence collective et les accompagner dans la construction d’une citoyenneté active et responsable. Son nom, qui signifie « cheminer ensemble » dans plusieurs langues du nord du Bénin, prend ici tout son sens. 𝗦𝗮𝘄𝗮𝗿𝗮 est un projet exécuté par le consortium [𝗖𝗙𝗜 𝗠𝗲́𝗱𝗶𝗮𝘀 – Brut Afrique – 𝗢𝗡𝗚 𝗙𝗶𝗹𝗹𝗲𝘀 𝗲𝗻 𝗔𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 – Fondation Hirondelle – Institut pour la Gouvernance Démocratique (IGD)], avec le soutien financier de l’Union Européenne au Bénin.
Hontongnon Yanick ZOUNTCHEGBE