C’est une place publique ordinaire qui s’est muée, le temps d’un après-midi, en véritable école du vivre-ensemble. Le 23 mars 2026, la Place de l’Indépendance de Djougou a servi de cadre pour théâtre-forum communautaire inédit. L’initiative est portée par l’ONG Filles en Actions dans le cadre du projet SAWARA Bénin. Une initiative nécessaire qui a su transformer l’espace public en lieu de dialogue, de réflexion et d’engagement collectif. Plus de 320 personnes ont répondu présent au rendez-vous. Parmi elles, des autorités locales, des leaders communautaires, des jeunes femmes et jeunes hommes engagés, mais aussi des habitantes et habitants de tous horizons. L’objectif de la journée était d’aborder de front les risques liés à la désinformation, à travers une forme artistique accessible à toutes et à tous, sans exception.
Une pièce taillée dans le réel

Sur scène, les comédiennes et comédiens ont mis en images le quotidien des populations. Une communauté paisible, une rumeur qui circule, une confiance qui s’effrite doucement. Progressivement, une simple information non vérifiée remonte jusqu’au chef de village et suffit à fracturer l’harmonie d’un quartier entier. Les actrices et acteurs, visiblement bien préparés, ont su incarner des personnages ancrés dans des situations du quotidien que nul dans le public ne pouvait ignorer.
Le message issu des pièces a suscité des réactions. « On dirait que ceux qui ont fait ce théâtre connaissent l’histoire de Djougou », confie une participante, visiblement touchée. « Les gens partagent tellement vite les notes vocales sur WhatsApp, surtout les mamans du quartier. À un moment, on ne sait plus qui croire. » Un peu plus loin, un homme évoque la crise sanitaire de 2019. « Ça me rappelle l’époque du COVID, quand on entendait partout qu’il fallait se laver avec du sel pour ne pas attraper le virus. Ma sœur a failli en mourir. »
Le public prend les rênes

Le théâtre-forum tire précisément sa force de ce qui se passe au-delà de la représentation. En effet, les spectatrices et spectateurs ont eu la possibilité d’interrompre la pièce à tout moment, à monter sur scène, à remplacer un personnage et à proposer une autre issue à la situation. Une invitation que le public de Djougou a saisie avec un enthousiasme remarquable, ce qui témoigne d’une vitalité citoyenne qui n’attendait que l’occasion de s’exprimer.
De ces échanges spontanés ont émergé des solutions adaptées aux réalités locales. Vérifier une information avant de la partager, renforcer les espaces de dialogue au sein des quartiers, solliciter des médiateurs reconnus par toutes et tous, multiplier les séances de sensibilisation dans les communautés. Des pistes simples en apparence, mais profondément porteuses de sens.
Le Chef d’Arrondissement du troisième arrondissement de Djougou a, lui, fait le lien avec la religion. Selon lui, les enseignements du Coran sont formels : toute personne qui reçoit une information a le devoir de la vérifier avant de la diffuser. Il a également plaidé avec insistance pour davantage de patience et de retenue face aux situations de tension, afin d’éviter que des réactions impulsives ne viennent aggraver ce qui pourrait encore être désamorcé à temps.
La communication artistique au service du changement social

Le THÉÂTRE-FORUM SUR LA PAIX ET LA COHÉSION SOCIALE à DJOUGOU a mis en lumière la pertinence des approches artistiques dans les actions de sensibilisation communautaire. L’art permet d’aborder des sujets parfois sensibles avec finesse, tout en passant par la création d’un espace sécurisé où chacun et chacune peut s’exprimer librement, sans craindre d’être jugée.
La priorisation du dialogue, de la participation et des prises de décisions collectives apparaît comme une réponse réfléchie et stratégique. Elle montre que redonner la parole aux communautés, valoriser leurs expériences et encourager leur engagement, c’est parallèlement bâtir un pas après l’autre, une société solidaire et résolument engagée pour le vivre-ensemble.
𝗦𝗮𝘄𝗮𝗿𝗮 est un projet exécuté par le consortium (𝗖𝗙𝗜 𝗠𝗲́𝗱𝗶𝗮𝘀 – Brut Afrique – 𝗢𝗡𝗚 𝗙𝗶𝗹𝗹𝗲𝘀 𝗲𝗻 𝗔𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 – Fondation Hirondelle – Institut pour la Gouvernance Démocratique (IGD)), avec le soutien financier de l’Union Européenne au Bénin.
Hontongnon Yanick ZOUNTCHEGBE