La démocratie s’apprend, se pratique et se défend. Du 16 au 18 mars 2026, l’Hôtel Saka Kina de Kandi a accueilli la première édition de l’Académie démocratique et civique, une formation intensive organisée par l’ONG Filles en Actions dans le cadre du projet SAWARA. Porté par un consortium réunissant l’ONG Filles en Actions, CFI Médias, Brut Afrique, la Fondation Hirondelle et l’Institut pour la Gouvernance Démocratique (IGD), et soutenu financièrement par l’Union Européenne au Bénin, ce projet a fait de Kandi le terrain d’une expérience citoyenne. Une expérience citoyenne qui permet aux jeunes femmes et hommes venus d’horizons divers, de comprendre des grands enjeux de la démocratie, de la cohésion sociale et de l’intégrité de l’information.
Une jeunesse outillée pour comprendre la démocratie de l’intérieur
Avant d’agir, il faut comprendre. C’est sur cette conviction que s’est ouverte l’académie, avec un premier module consacré aux fondements de la démocratie et des droits humains. Loin des cours magistraux, les formatrices et formateurs ont choisi d’entrer dans le vif du sujet par le débat et le questionnement. Qu’est-ce que la démocratie signifie vraiment pour les jeunes de Kandi ? Quels droits leur sont garantis, et par qui ?
Les participant.e.s ont répondu en évoquant citant pêle-mêle la liberté d’expression, le droit de choisir ses dirigeants, la séparation des pouvoirs et la souveraineté populaire. Ces échanges ont instauré une réflexion plus large sur la place des jeunes dans la vie publique béninoise. Grâce à un pré-test réalisé dès le premier jour, puis à un post-test en clôture, l’équipe de l’ONG Filles en Actions a pu mesurer concrètement l’évolution des connaissances des participant.e.s.
L’histoire qui s’apprend en la rejouant

Suite à cet exercice une simulation grandeur nature a été initiée. Les participant.e.s ont été invités à rejouer une scène clé de l’histoire politique du Bénin. Il s’est agi de la négociation entre des figures de la société civile et le Général Mathieu Kérékou, autour de l’organisation de la Conférence des forces vives de la nation. Chacun.e a endossé un rôle en l’occurrence Joseph Djogbenou, Roseline Soglo, Thérèse Waouwa, ou encore le Général lui-même et défendu ses positions avec les arguments de l’époque.
En incarnant ces figures historiques, les jeunes ont saisi, de l’intérieur, la complexité des compromis qui ont rendu possible la transition démocratique de 1990. Puis, au moment du débriefing, un participant a soulevé une observation : « En faisant des recherches sur la Conférence des forces vives de la nation, je n’ai vu que des hommes dans les extraits vidéo disponibles sur YouTube. Je n’ai pas vu Thérèse Waouwa, ni Rosine Soglo. Et j’ai aussi remarqué qu’après les premières élections qui ont suivi, aucune de ces femmes n’a vraiment été récompensée pour leurs luttes. » Une prise de conscience qui interpelle sur la valorisation des femmes dans l’histoire du Bénin.
Les femmes au cœur du débat, enfin !

La question de la place des femmes a traversé l’ensemble de ces trois jours comme un fil rouge. Un module entier lui a été consacré, autour des figures de Winnie Mandela et de Thérèse Waouwa, deux femmes dont les contributions historiques ont longtemps été minimisées, voire effacées des récits officiels. Les participant.e.s ont ensuite débattu sur la possibilité d’instaurer un quota obligatoire de conseillères locales au Bénin.
Les échanges ont été francs et parfois tendus considérant que certain.e.s ont défendu le mérite comme seul critère de sélection. Pendant ce temps, d’autres ont rappelé que sans mesures correctives, les inégalités structurelles se perpétuent d’elles-mêmes. Le formateur a conclu en rappelant que l’égalité ne se limite pas à un principe inscrit dans les textes. Elle doit également se traduire dans les faits, au quotidien, dans chaque espace de décision.
Et si on apprenait à ne pas se faire piéger
Dans un esprit de contextualisation, un module a été entièrement dédié à la vigilance numérique. Les formatrices et formateurs ont abordé les mécanismes de manipulation de l’information à l’ère du numérique, les risques liés à la diffusion de contenus non vérifiés, et les dispositions du code du numérique béninois qui encadre et sanctionne la cyber-violence. Des sujets que les participant.e.s connaissaient déjà de près, souvent pour en avoir été témoins ou victimes.
Les jeunes ont également été initiés aux techniques de plaidoyer et au contentieux stratégique, un outil juridique qui permet de porter une cause individuelle devant les tribunaux pour produire un changement collectif durable.
Trois jours, une conviction et des relais à bâtir

La clôture de l’académie a réuni autorités locales, représentants de la préfecture de l’Alibori et du mouvement des jeunes de Kandi autour d’un panel modéré par Madame Sarah Folashadé Saizonou. Les discours ont été unanimes sur le fait que ce type d’initiative doit aller au-delà des murs d’une salle de conférence. Le Maire des jeunes de Kandi, M. Fahad, a d’ailleurs pris un engagement public de restituer le contenu de cette académie auprès des jeunes qui n’ont pas eu la chance d’y participer.
Hontongnon Yanick ZOUNTCHEGBE