À Allada, l’art prend la parole pour la santé reproductive des jeunes

À Allada, l’art prend la parole pour la santé reproductive des jeunes

Du chant au théâtre en passant par la danse, des jeunes talents d’Allada ont transformé la maison des jeunes en espace de dialogue sur la santé sexuelle et reproductive. Trois jours pour créer, sensibiliser et briser les silences.

Quand la scène devient tribune

Du 26 au 28 février 2026, la maison des jeunes d’Allada a vibré au rythme d’une initiative originale portée par l’association Jeunes Volontaires pour la Santé (JVS). Pendant trois jours, des artistes locaux (chanteurs, comédiens, danseurs) issus de la commune et des environs ont mis leur talent au service d’une cause : informer les jeunes et leurs communautés sur les droits à la santé sexuelle et reproductive (DSSR).

L’idée n’était pas de tenir un séminaire de plus sur le sujet. JVS a fait un autre pari : celui de l’art communautaire comme vecteur de sensibilisation. Avant la journée de clôture du 28 février, un travail de fond avait été mené en amont. Des artistes ont été repérés et sélectionnés, puis formés sur les thématiques DSSR, avant d’être accompagnés dans la création de leurs performances par le metteur en scène Didier Sedoha Nanségandé.

« Miwa hwlen mi » : une pièce de théâtre pour dire les silences

Au cœur de ces trois jours, une création collective a émergé : la pièce « Miwa hwlen mi », qui signifie « Venez me sauver ». Cette œuvre théâtrale a mis en scène les réalités concrètes vécues par les filles et les femmes d’Allada face aux obstacles qui se dressent entre elles et les services de santé reproductive. Présentée devant un public venu nombreux, elle a servi de point de départ à un dialogue entre les artistes et leur communauté.

C’est précisément ce lien entre création et ancrage local que JVS a voulu cultiver. Pour Hermine Bokossa, présidente de l’association, mobiliser des talents du territoire n’est pas un choix esthétique, c’est une stratégie : « Nous sommes convaincus qu’en nous appuyant sur ces talents locaux et en les engageant sur les questions de santé sexuelle et reproductive, nous pouvons trouver ensemble des solutions qui respectent nos réalités culturelles et locales au niveau de la commune d’Allada, pour prévenir le phénomène des avortements à risques. »

La journée du 28 février s’est articulée autour d’un dispositif pensé pour impliquer activement le public : diagnostic communautaire, laboratoire de cocréation, phase de teasing, puis grande journée culturelle. Entre les performances, des espaces ludiques ont maintenu l’attention avec des récompenses aux meilleurs participants. En parallèle, des professionnel.le.s de la santé accompagnaient en continu ceux et celles souhaitant poser des questions sur les DSSR ou être orientés vers des services de santé appropriés traduisant en actes concrets ce que les œuvres venaient d’évoquer.

Un écho institutionnel et communautaire

L’initiative n’est pas passée inaperçue auprès des autorités locales. Présent aux côté de Dr Belmondo Nonnonhou, médecin coordonnateur de la zone sanitaire Allada Toffo Zè, Hassan Houémavo, Chef d’Arrondissement d’Allada-Centre, a salué la tenue d’un tel événement dans sa commune, félicitant JVS pour la qualité de l’organisation. Il a profité de l’occasion pour s’adresser directement aux jeunes d’Allada, les encourageant à mieux s’informer sur leur santé sexuelle et reproductive en utilisant la plateforme OREMI, mise en place par JVS à cet effet.

Cet appui institutionnel illustre une dynamique de plus en plus visible au Bénin : les autorités locales s’approprient les enjeux de santé reproductive comme un sujet de gouvernance, et non plus comme un domaine réservé aux seules organisations de la société civile.

Priority For Choice 2 : une stratégie qui s’inscrit dans la durée

Cette journée d’art communautaire s’inscrit dans le cadre du projet « Priority For Choice 2 », mis en œuvre par Jeunes Volontaires pour la Santé avec le soutien financier du Safe Abortion Action Fund (SAAF) depuis avril 2025. Il fait suite à une première phase qui avait déjà permis d’améliorer les connaissances des jeunes filles et femmes sur l’accès aux services de santé reproductive et de nouer des partenariats avec des cliniques pour une prise en charge effective. La deuxième phase cible les jeunes de 15 à 35 ans dans trois communes : Abomey-Calavi et Allada au sud du Bénin, et N’dali au nord. En mobilisant l’art local, JVS fait le pari que le changement de comportement passe d’abord par des récits qui parlent aux gens, dans leur langue, avec leurs codes, depuis leur territoire.

Christophe Pie ATIKA

Journaliste · Social TheCom

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